ABRAHAM ERIC KUT NJOYA, CEO D’AFRIEXTERNALIS

Nous avons tout récemment rencontrer un jeune entrepreneur camerounais, né en juillet 1983 il fait son parcours académique entre l’université de Douala et celle Méditerranéenne de Tunis. Master en gestion d’organisation spécialité stratégie et management en poche, il est aujourd’hui fondateur d’AFRIEXTERNALIS. Il s’est prêté au jeu et a répondu à nos questions.

-Qui es-tu ?

Abraham Eric est un entrepreneur, consultant en management stratégique et mentor entrepreneurial. Il aide les jeunes entrepreneurs sociaux et les chefs d’entreprises de toute l’Afrique à lancer et à développer des entreprises prospères tout en créant une valeur sociale durable pour les populations africaines.

-Quel est ton parcours professionnel jusqu’ici ?

2009- 2012 : Directeur d’agence bancaire
2010- 2012 : Consultant en Freelance
2012- nos jours : Entrepreneur, Fondateur Afriexternalis
2016- nos jours : Mentor Entrepreneurial, Tony Elumelu Foundation.

-En quelle année t’es-tu lancé dans l’entrepreneuriat et quelles sont les raisons qui t’ont motivé ?

2010, alors que j’étais directeur d’agence bancaire, les business plan qui m’étaient soumis présentaient des lacunes techniques qui entachaient leur réalisation concrète sur le terrain. Ma nouvelle approche de montage de projet a permis aux GIC et Coopératives du Noun à obtenir des financements auprès du PACA et ACEFA Ouest. Rapidement, mes business plan ont été aussi apprécies au niveau des grandes banques et des programmes de soutien aux initiatives locales. Belle motivation !

En 2012 j’abandonne donc mon travail de banquier pour me consacrer à mon activité de consultant. Pour moi, il fallait apporter aux jeunes qui voulaient créer quelque chose, les outils et le leadership nécessaires pour agir sur leurs désirs de changement. Cela commençait par une meilleure structuration de leur vision, la mise e place des moyens d’action et la recherche des soutiens externes pouvant les accompagner.

-Pourquoi as-tu choisi ce secteur en particulier ?

Ma passion pour l’entrepreneuriat ! Aujourd’hui, trouver un emploi décent productif est un véritable parcours de combattant pour les jeunes africains. La capacité des jeunes à créer des emplois décents durable est la seule voie pour la transformation sociale et professionnelle de nos communautés. Je me suis senti interpellé car, comme tout africain, chacun de nous a une part de la solution. Ma contribution a été de capaciter ces jeunes qui souhaitent non seulement créer des emplois pour eux et pour les autres, mais aussi transformer la vie des milliers de pauvres dans leurs communautés.

-Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées sur ton chemin et où as-tu trouvé les forces pour les surmonter ?

Le conseil en stratégie et management est réputé être conduit par des personnes très expérimentées avec un parcours professionnel atypique du genre super-héros ! Appliqué à l’entrepreneuriat, il exige encore un certain parcours de créateur avéré. Je n’avais pas tout ça ! Qu’est-ce qu’un jeune sans expérience peut bien dire à un jeune entrepreneur ou pire encore à un chef d’entreprise établi depuis des années ? Comment survivre avec un cabinet sans clients et du personnel à payer ? Créer de l’emploi c’est bien ! Mais encore faudrait-il le rémunérer régulièrement à juste valeur ! J’ai dû mettre une pause à mon activité pour aller puiser de l’expérience ! Grave erreur du genre « 404 ! » que vous trouvez généralement sur internet lorsque vous tombez sur une page inexistante ! En effet souvenez-vous de cette fameuse question des recruteurs « quelle expérience professionnelle avez-vous ? » Vous convenez avec moi que pour être recruté il vous faut de l’expérience ! Ou trouver donc cette expérience professionnelle ? Seule mon cabinet pouvait me l’apporter ! Une seule stratégie « Persévérer »

– Que penses-tu de l’univers économique camerounais ?

L’environnement économique camerounais est complexe mais plein d’opportunités. Vous le savez bien un écosystème entrepreneurial est composé de trois éléments à savoir le capital, le savoir-faire et la rébellion (entrepreneuriat). Nos banques sont sur-liquides et ne financent pas la rébellion. Les investisseurs sont assez frileux. D’autre part nous avons beaucoup d’ingénieurs mais pas de capital à investir ni d’esprit de rébellion, alors ce que notre économie fait de mieux c’est de mettre ce savoir-faire au service d’entreprises étrangères. Enfin avons de véritables « braconniers des affaires », c’est-à-dire ces pseudos-entrepreneurs très opportunistes et sans véritable vocation entrepreneuriale. Nous sommes loin d’une véritable rébellion. Peu sont ceux qui vont contre le statu quo. La règle c’est de finir ses études et travailler dans une grande entreprise, où on serait mieux payé et aurait accès à plus de ressources ! L’entrepreneuriat se résume à un réseau de contacts au Ministère des marchés publics !

-qu’est ce qui te motive tous les jours ?

Les jeunes s’intéressent de plus en plus à l’entrepreneuriat comme moyen de relever les défis sociaux urgents qui se dressent à eux dans leurs communautés, a l’instar du chômage et la pauvreté Il n’est pas bon qu’ils soient seuls, abandonnés à eux-mêmes dans cette aventure tumultueuse et incertaine ! Alimenter les passions entrepreneuriales de la jeune entreprise sociale est ma véritable passion.

-quelle est ta philosophie de vie ?

Trouver un travail décent bien rémunéré, faire reculer la pauvreté, se nourrir bien, bien se soigner, se loger décemment, se déplacer en préservant la planète, sont autant de défis qui appellent à de nouvelles solutions, et dont ni l’Etat, ni le marché ne peuvent répondre seuls ! Ces défis interpellent de nouveaux acteurs et une voie viable et durable s’ouvre à eux. C’est l’innovation sociale entrepreneuriale. Cependant, la vie est trop courte pour bâtir des solutions dont personne ne veut ! La manière dont ces nouveaux acteurs conjugueront recherche de profit, impact social et développement durable déterminera leurs réussites. Toute innovation doit améliorer la vie de ses utilisateurs, et donc être centrée sur l’humain !

-Quel(s) conseil(s) peux-tu donner à ceux qui veulent aussi se lancer mais hésitent encore ?

L’hésitation est caractéristique de plusieurs situations.

Primo la peur d’échouer : Vous ne saurez jamais si votre idée aurait pu être un succès ou pas si vous ne la confrontiez à la réalité. Il y a deux façons d’échouer : Le premier c’est entreprendre quelque chose sans succès. C’est l’échec valorisant, il vous apprend quelque chose de nouveau et vous enrichi d’expériences. Le deuxième c’est choisir de ne pas agir sur son idée. C’est l’échec humiliant et inconscient ! Il annihile vos capacités et détruit votre intelligence. Alors l’échec est inhérent à toute activité, mais alors comment voulez-vous échouer ? Faut bien faire cette nette différence entre oser l’échec et subir l’échec.

Secundo le manque de moyens : C’est l’argument favori des paresseux ! J’attends constituer une petite fortune avant de me lancer, je n’ai pas d’argent ! Mon boulot m’occupe tellement ! Ont-ils l’habitude de dire ! L’argent ou le financement n’est pas autre chose qu’un accélérant ! Il ne vous aidera pas à faire mieux que ce que vous faites, mais au contraire à faire plus ! Je joue souvent avec ma maman avec les grands principes de l’effectuation. Avant de dresser son budget pour le marché, elle jette d’abord un coup d’œil au champ et au frigo. A partir de ce qu’elle possède déjà, elle définit le menu du jour ! Si elle a des œufs, elle nous fait des omelettes, si elle a du citron, elle nous fait de la limonade ! Si elle n’a pas du bois, elle proposera à grand-père de débarrasser son champ de café des arbres morts afin d’aérer ses caféiers.

Tertio, le manque d’idée. C’est la caractéristique des myopes ! Nous sommes confrontés chaque jour à chaque heure à des problèmes et ces problèmes sont autant d’opportunités entrepreneuriales ! L’opportunité n’est pas la nomination d’un proche au ministère des marchés publics ou l’annonce d’un marché dans la presse ! Regardez, un homme s’est levé un matin pour aller à son travail. Il a dû attendre plus d’une dizaine de minutes pour trouver un taxi alors que pleines de voitures vides allaient dans sa direction ! Pourquoi ne pouvait-il pas emprunter rapidement l’une de ces voitures ? Quelques temps après Uber est né. Ma stratégie pour cette catégorie de personnes est de les apprendre à questionner les défauts.

-où te vois-tu dans 10 ans ?

Etre d’ici prochaine décennie, le business partner de référence, reconnu pour sa capacité à alimenter les passions entrepreneuriales de la jeune entreprise sociale et à catalyser la transformation sociale durable de l’Afrique. Je me vois ainsi à la tête d’une rébellion de 100 000 jeunes contre le statu quo. Le seul objectif est de changer les règles établies, c’est-à-dire étudier et travailler dans une grande entreprise, où on serait mieux payé et aurait accès à plus de ressources.

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